Ce fut sans doute le moment le plus délicat pour Barack Obama lors du débat mardi à Cleveland (Ohio) avec son adversaire Hillary Clinton. Il s’en est finalement tiré avec une certaine aisance, enfermant une fois de plus Hillary dans l’amertume et les récriminations.
Obama aurait certainement préféré se passer du soutien de Louis Farrakhan, leader de la Nation de l’Islam, une organisation religieuse et politique qui combat pour la fierté de l’homme noir. « J’ai été très clair dans ma dénonciation des propos antisémites du pasteur Farrakhan. Je pense qu’ils sont inacceptables et condamnables. Je n’ai pas sollicité ce soutien. Il a dit qu’il était fier qu’un Africain-Américain apparaisse rassembler le pays. Je ne peux évidemment pas le censurer, mais ce n’est pas un soutien que j’ai cherché. »
Obama a refusé toutefois de rejeter ce soutien pour éviter sans doute de s’aliéner les partisans de Farrakhan. « Je ne peux pas dire à quelqu’un qu’il ne peut pas dire qu’il pense que je suis quelqu’un de bien ». Il s’est défendu en affirmant avoir un fort soutien au sein de la communauté juive « parce qu’ils savent que non seulement je ne tolérerais pas d’antisémitisme sous quelque forme que ce soit, mais aussi parce que je veux reconstruire la relation historique entre la communauté africaine-américaine et la communauté juive ».
Pointant le doigt là où cela fait mal, Hillary Clinton a suggéré que dans la même situation en 2000 lorsqu’elle était candidate pour le Sénat dans l’Etat de New York, elle avait rejeté le soutien d’un petit parti qui était antisémite. Clinton : « Il y a une différence entre dénoncer et rejeter ». Obama : « Je ne vois pas de différence entre dénoncer et rejeter… Mais si le mot ‘rejeter ‘ est plus fort selon la sénatrice Clinton que le mot ‘dénoncer’, alors je suis heureux de lui concéder ce point, et je rejetterais et dénoncerais ». Habile. Mais les détracteurs d’Obama y auront vu surtout la prouesse d’un brillant rhétoricien manquant toutefois de substance et cherchant à ne mécontenter personne.
Agé de 74 ans, Farrakhan, dont la santé est chancelante, est depuis 1978 à la tête de la Nation de l’Islam, dont le siège est à Chicago, la ville d’Obama. Il avait notamment organisé en 1995 à Washington une énorme manifestation rassemblant des centaines de milliers d’hommes noirs (« Million Man March »). Le leader charismatique est accusé d’avoir tenu à multiples reprises des propos racistes, homophobes et antisémites. Il aurait qualifié le judaïsme de « religion de caniveau ». En 2006, il avait déclaré : « Ces faux juifs font la promotion des saletés d’Hollywood…Ce sont les juifs malfaisants, les faux juifs qui font la promotion du lesbianisme, de l’homosexualité ».
Un éditorialiste du Washington Post, Richard Cohen, en janvier avait relevé que Barack Obama était membre de la Trinity United Church of Christ à Chicago et que le pasteur de cette église, le révérend Jeremiah A. Wright, était son conseiller spirituel. L’an dernier, le magazine créé par Wright avait estimé que Farrakhan « personnifiait vraiment la grandeur ». Selon le magazine, le pasteur Wright saluait chez Farrakhan “la profondeur de son analyse quand il s’agit des maux raciaux de cette nation » et “son intégrité et son honnêteté ». Et Cohen de s’inquiéter : “Ce sont les mots d’un homme qui a prié avec Obama juste avant que le sénateur de l’Illinois annonce sa candidature pour la présidentielle. Priera-t-il avec lui juste avant son inauguration ? »
jeudi 28 février 2008
mardi 26 février 2008
Obama teflon
Tout glisse sur Obama-teflon. Le candidat démocrate a une fois de plus prouvé mardi soir qu’il résistait aux attaques de son adversaire Hillary Clinton lors du débat à Cleveland (Ohio).
Les deux candidats avaient le visage fermé, prêts à attaquer et défendre leurs positions pied à pied. Mais Hillary semblait avoir l’amertume des vaincus et ses attaques répétées contre Barack apparaissaient vaines et désespérées. Obama a rejeté ces attaques, répondant point par point avec l’aisance de celui qui sait qu’il a déjà gagné et qui peut se montrer parfois magnanime.
Hillary a tout essayé. Elle s’est même plainte des journalistes, se référant à la célèbre émission de télé « Saturday Night Live » qui s’est moqué le week-end dernier du faible des journalistes américains pour Obama. « Puis-je seulement souligner que lors des derniers débats, il semble qu’on me pose tout le temps la première question. Cela m’est égal. Je suis heureuse d’y répondre, mais je trouve cela curieux, et si vous avez regardé Saturday Night Live, peut-être que vous devriez demander à Barack s’il se sent bien et s’il a besoin d’un autre oreiller ». Mais rien n’y a fait. Barack Obama n’a pas daigné répondre à cette attaque. Dur d’apparaître comme une mauvaise perdante.
A une autre occasion, Obama s’est moqué d’Hillary, alors que les journalistes repassaient un extrait où elle le singeait en candidat naïf (Clinton : « Le ciel s’ouvrira, la lumière descendra, les chœurs célestes chanteront et tout le monde saura que nous ferons ce qu’il faut et le monde sera parfait»). « C’est bien », a réagi Obama, mettant les rieurs de son côté. « Je pense que la sénatrice Clinton a montré un bon sens de l’humour. Je lui donnerai une bonne note pour la façon dont elle l’a dit”. Même Clinton a dû rire.
Hillary a multiplié les attaques ces derniers jours dans un effort désespéré pour gagner les primaires la semaine prochaine dans les Etats du Texas et de l’Ohio. Elle a accusé son adversaire d’avoir caricaturé ses propositions en matière de couverture santé universelle. (« Honte à toi, Barack Obama. Il est temps que tu mènes une campagne cohérente avec ce que tu dis »). Elle l’a attaqué sur ses capacités à être le commandant en chef et a dénoncé son manque d’expérience en politique étrangère, le comparant à l’actuel président George W. Bush avant que celui-ci ne devienne président.
Mais rien ne semble marcher. Obama s’est montré grand seigneur sur l’affaire de la photo le montrant en habit traditionnel africain à l’occasion d’un voyage en Afrique. Celle photo a été diffusée il y a quelques jours sur le site internet Drudge Report qui a affirmé qu’elle avait été fournie par un membre de la campagne Clinton. Hillary a démenti que cela vienne de son entourage. Et Obama s’est montré grand seigneur. “Je prends au mot la sénatrice Clinton qui dit qu’elle ne savait rien concernant cette photo. Je pense que nous pouvons passer à autre chose », a déclaré Obama.
Le teflon est une matière plastique qui résiste aux hautes températures et à la corrosion. C’est de cette matière que semblait être recouvert Barack Obama mardi soir. A la fin du débat, il a rendu hommage à Hillary Clinton : « La sénatrice Clinton a fait une campagne magnifique… il n’y a pas de doute (qu’elle) est qualifiée, compétente et qu’elle serait une bien meilleure présidente que John McCain », mais « je pense que suis meilleur pour être le nominé». Cela sera certainement perçu comme de l’élégance.
Hillary avait fait la même chose la semaine dernière lors du débat au Texas. Mais cela avait été considéré comme un signe de résignation à la défaite à venir. Cette fois-ci, elle n’a pas eu un mot flatteur pour son adversaire à la fin du débat.
Les deux candidats avaient le visage fermé, prêts à attaquer et défendre leurs positions pied à pied. Mais Hillary semblait avoir l’amertume des vaincus et ses attaques répétées contre Barack apparaissaient vaines et désespérées. Obama a rejeté ces attaques, répondant point par point avec l’aisance de celui qui sait qu’il a déjà gagné et qui peut se montrer parfois magnanime.
Hillary a tout essayé. Elle s’est même plainte des journalistes, se référant à la célèbre émission de télé « Saturday Night Live » qui s’est moqué le week-end dernier du faible des journalistes américains pour Obama. « Puis-je seulement souligner que lors des derniers débats, il semble qu’on me pose tout le temps la première question. Cela m’est égal. Je suis heureuse d’y répondre, mais je trouve cela curieux, et si vous avez regardé Saturday Night Live, peut-être que vous devriez demander à Barack s’il se sent bien et s’il a besoin d’un autre oreiller ». Mais rien n’y a fait. Barack Obama n’a pas daigné répondre à cette attaque. Dur d’apparaître comme une mauvaise perdante.
A une autre occasion, Obama s’est moqué d’Hillary, alors que les journalistes repassaient un extrait où elle le singeait en candidat naïf (Clinton : « Le ciel s’ouvrira, la lumière descendra, les chœurs célestes chanteront et tout le monde saura que nous ferons ce qu’il faut et le monde sera parfait»). « C’est bien », a réagi Obama, mettant les rieurs de son côté. « Je pense que la sénatrice Clinton a montré un bon sens de l’humour. Je lui donnerai une bonne note pour la façon dont elle l’a dit”. Même Clinton a dû rire.
Hillary a multiplié les attaques ces derniers jours dans un effort désespéré pour gagner les primaires la semaine prochaine dans les Etats du Texas et de l’Ohio. Elle a accusé son adversaire d’avoir caricaturé ses propositions en matière de couverture santé universelle. (« Honte à toi, Barack Obama. Il est temps que tu mènes une campagne cohérente avec ce que tu dis »). Elle l’a attaqué sur ses capacités à être le commandant en chef et a dénoncé son manque d’expérience en politique étrangère, le comparant à l’actuel président George W. Bush avant que celui-ci ne devienne président.
Mais rien ne semble marcher. Obama s’est montré grand seigneur sur l’affaire de la photo le montrant en habit traditionnel africain à l’occasion d’un voyage en Afrique. Celle photo a été diffusée il y a quelques jours sur le site internet Drudge Report qui a affirmé qu’elle avait été fournie par un membre de la campagne Clinton. Hillary a démenti que cela vienne de son entourage. Et Obama s’est montré grand seigneur. “Je prends au mot la sénatrice Clinton qui dit qu’elle ne savait rien concernant cette photo. Je pense que nous pouvons passer à autre chose », a déclaré Obama.
Le teflon est une matière plastique qui résiste aux hautes températures et à la corrosion. C’est de cette matière que semblait être recouvert Barack Obama mardi soir. A la fin du débat, il a rendu hommage à Hillary Clinton : « La sénatrice Clinton a fait une campagne magnifique… il n’y a pas de doute (qu’elle) est qualifiée, compétente et qu’elle serait une bien meilleure présidente que John McCain », mais « je pense que suis meilleur pour être le nominé». Cela sera certainement perçu comme de l’élégance.
Hillary avait fait la même chose la semaine dernière lors du débat au Texas. Mais cela avait été considéré comme un signe de résignation à la défaite à venir. Cette fois-ci, elle n’a pas eu un mot flatteur pour son adversaire à la fin du débat.
lundi 25 février 2008
L'Architecte
Il avait disparu de la circulation fin août, après avoir démissionné de son poste de conseiller à la Maison Blanche. Karl Rove, surnommé « l’Architecte » par le président George W. Bush pour le remercier de l’avoir placé et maintenu au pouvoir grâce à son habileté politique diabolique, avait alors servi l’habituelle explication, très en vogue chez les responsables politiques américains qui ne veulent pas dire les véritables raisons de leur départ : « je dois le faire par amour pour ma famille ». Vaguement, il avait ajouté qu’il pensait écrire un livre sur sa carrière dans la politique et qu’il allait quitter Washington pour retourner au Texas.
Depuis quelques semaines, Karl Rove est de retour, cette fois-ci dans les médias. Il est apparu comme commentateur politique sur la chaîne de télévision Fox News le jour du « Super Tuesday », le 5 février. Pas de coup d’éclat ce soir-là. Selon le blog politique du Washington Post, sa prestation n’a pas été hauteur de la réputation du personnage : « Rove est apparu vraiment fade à la télé. Comme une grosse gaufrette à la vanille”. Certes, il a montré qu’il s’y connaissait en stratégie électorale, maniant avec dextérité le décompte de délégués de chaque candidat, mais il n’a pas dépassé le stade du bon élève.
Placé au pinacle par les républicains pour leur avoir permis de gagner les présidentielles de 2000 et 2004, « l’Architecte » avait perdu de son aura avec leur défaite aux élections de « mid-term » en 2006. En revanche, il reste toujours un épouvantail pour les démocrates qui vomissent les pratiques malfaisantes, dont il était, selon eux, un spécialiste. Rove est tellement détesté par une partie des Américains que le discours qu’il devait prononcer cette année à l’occasion de la remise des diplômes à Choate Rosemary Hall, un lycée privé dans le Connecticut, a été annulé en raison des protestations d’étudiants et de professeurs.
« Alors, aimez-vous être une star de la télé ? », a demandé à Rove un des présentateurs de Fox News, Alan Colmes. “C’est un peu stressant. Comment pouvez-vous faire cela depuis des années, Alan? », a plaisanté l’Architecte. Est-ce le stress ou bien des vacances trop prolongées, mais Karl a perdu un peu de son côté magicien. “Je pense que cela va être la sénatrice Clinton parce qu’à mon avis les meilleures opportunités du sénateur Obama sont derrière lui », avait-il prédit le soir du « Super Tuesday ». Avec onze victoires consécutives depuis le 5 février, Barack Obama lui a donné complètement tort. Pour se rattraper, « l’Architecte » a publié un point de vue dans le Wall Street Journal le 21 février, dans lequel il estime qu’Obama n’a pas été assez critiqué par Hillary Clinton. Et Rove de donner des conseils à Hillary : « Mme Clinton peut davantage attirer l’attention sur l’absence de succès de M. Obama…. L’incapacité de celui-ci à agir, à défendre ce qu’il affirme être désormais ses priorités pourrait être sa dernière chance de marquer des points ».
Alors Rove, nouveau conseiller de Clinton ? C’est plutôt mal parti après les propos de la candidate samedi. Lors d’un meeting à Cincinnati (Ohio), elle a accusé son adversaire Obama d’avoir caricaturé dans un tract ses propositions sur une couverture santé universelle. « Ce n’est pas parce que le sénateur Obama a choisi de ne pas présenter un plan instituant une couverture santé universelle que cela lui donne le droit de m’attaquer parce qu’en ai un. Ayons une vraie campagne. Assez des discours, des grands rassemblements et des tactiques qui sont sorties tout droit du manuel de Karl Rove ».
« L’Architecte » risque encore de faire parler de lui d’ici l’élection présidentielle en novembre.
Depuis quelques semaines, Karl Rove est de retour, cette fois-ci dans les médias. Il est apparu comme commentateur politique sur la chaîne de télévision Fox News le jour du « Super Tuesday », le 5 février. Pas de coup d’éclat ce soir-là. Selon le blog politique du Washington Post, sa prestation n’a pas été hauteur de la réputation du personnage : « Rove est apparu vraiment fade à la télé. Comme une grosse gaufrette à la vanille”. Certes, il a montré qu’il s’y connaissait en stratégie électorale, maniant avec dextérité le décompte de délégués de chaque candidat, mais il n’a pas dépassé le stade du bon élève.
Placé au pinacle par les républicains pour leur avoir permis de gagner les présidentielles de 2000 et 2004, « l’Architecte » avait perdu de son aura avec leur défaite aux élections de « mid-term » en 2006. En revanche, il reste toujours un épouvantail pour les démocrates qui vomissent les pratiques malfaisantes, dont il était, selon eux, un spécialiste. Rove est tellement détesté par une partie des Américains que le discours qu’il devait prononcer cette année à l’occasion de la remise des diplômes à Choate Rosemary Hall, un lycée privé dans le Connecticut, a été annulé en raison des protestations d’étudiants et de professeurs.
« Alors, aimez-vous être une star de la télé ? », a demandé à Rove un des présentateurs de Fox News, Alan Colmes. “C’est un peu stressant. Comment pouvez-vous faire cela depuis des années, Alan? », a plaisanté l’Architecte. Est-ce le stress ou bien des vacances trop prolongées, mais Karl a perdu un peu de son côté magicien. “Je pense que cela va être la sénatrice Clinton parce qu’à mon avis les meilleures opportunités du sénateur Obama sont derrière lui », avait-il prédit le soir du « Super Tuesday ». Avec onze victoires consécutives depuis le 5 février, Barack Obama lui a donné complètement tort. Pour se rattraper, « l’Architecte » a publié un point de vue dans le Wall Street Journal le 21 février, dans lequel il estime qu’Obama n’a pas été assez critiqué par Hillary Clinton. Et Rove de donner des conseils à Hillary : « Mme Clinton peut davantage attirer l’attention sur l’absence de succès de M. Obama…. L’incapacité de celui-ci à agir, à défendre ce qu’il affirme être désormais ses priorités pourrait être sa dernière chance de marquer des points ».
Alors Rove, nouveau conseiller de Clinton ? C’est plutôt mal parti après les propos de la candidate samedi. Lors d’un meeting à Cincinnati (Ohio), elle a accusé son adversaire Obama d’avoir caricaturé dans un tract ses propositions sur une couverture santé universelle. « Ce n’est pas parce que le sénateur Obama a choisi de ne pas présenter un plan instituant une couverture santé universelle que cela lui donne le droit de m’attaquer parce qu’en ai un. Ayons une vraie campagne. Assez des discours, des grands rassemblements et des tactiques qui sont sorties tout droit du manuel de Karl Rove ».
« L’Architecte » risque encore de faire parler de lui d’ici l’élection présidentielle en novembre.
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