jeudi 7 février 2008

Pourquoi tant de haine?

Dans cette campagne présidentielle américaine, le plus troublant est le déchaînement de haine que suscitent certains candidats, en particulier la démocrate Hillary Clinton et le républicain John McCain.

Le forum internet conservateur Free Republic a ainsi recensé plus de 200 sites web anti-Hillary, dont Hillaryhaters.com, où les « haïsseurs d’Hillary se rencontrent » (le site en fait est vierge et le nombre de visites s’élève à une cinquantaine de visites pour l’instant, ce qui est mal parti pour créer un grand mouvement à travers les Etats-Unis pour stopper la candidate). On trouve aussi en vente sur le net des t-shirt sur lesquels est inscrit « Hillary hater » (Haïsseur d’Hillary), « Hillary est le diable », ou encore « Arrêter la garce ».

Mais qui sont ces haïsseurs d’Hillary ? On les rencontre surtout chez les républicains mais aussi de plus en plus chez les démocrates, alors que Hillary Clinton et Barack Obama sont à couteaux tirés dans la course aux primaires.

L’influente éditorialiste de gauche Maureen Dowd, qui écrit dans le New York Times, semble tellement détester Hillary que ses éditoriaux virent au règlement de comptes personnel. Dans son dernier éditorial « Ombre et lumière », elle ne fait pas dans la dentelle. « Hillary Clinton a décrit Dick Cheney en Darth Vader (cf le très très méchant dans le film La guerre des étoiles), mais elle n’a pas intégré l’ultime leçon du vice-président destructeur : ne deviens pas paranoïaque au point de te laisser submergé par une vision noire… Bill est aussi animé par une paranoïa à la Cheney ». Selon Dowd, si Barack Obama veut devenir président « il doit encore tuer le dragon. Et son dragon est la machine à attaquer Clinton, qui continue à cracher des flammes mêle si elle n’apparaît plus invincible ».

Le magazine GQ a publié un article en janvier consacré à “Ceux qui détestent Hillary ». Le journaliste Jason Horowitz est parti à leur rencontre. Sa conclusion : « que détestent-ils exactement la concernant ?... même eux ne savent plus ». « La recherche d’une théorie qui rassemble les adversaires les plus fanatiques d’Hillary est inutile. Les accusations de ceux qui la haïssent finalement en disent plus sur eux-mêmes que sur l’objet de leur colère », ajoute le magazine. Stanley Fish, professeur de droit, a publié cette semaine un point de vue dans le New York Times s’inquiétant de ce déchaînement de haine contre Hillary Clinton, intitulé “Tout ce qu’il vous faut, c’est haïr ». Selon lui, « l’analogie la plus proche est l’antisémitisme », même s’il tient à ne pas mettre les deux phénomènes sur le même plan. « L’antisémitisme n’a pas besoin de juifs et l’antihillarysme n’a pas besoin d’Hillary, si ce n’est pour alimenter l’ imagination collective ».

Du côté des républicains, le déchaînement des passions vise John McCain, mais il est sans commune mesure avec le mouvement anti-Hillary. L’influent animateur de radio conservateur Rush Limbaugh, dont l’émission est diffusée sur 600 stations de radio à travers les Etats-Unis, ne cesse ces derniers temps d’attaquer le candidat, affirmant qu’il n’est pas assez conservateur. James Dobson, l’influent fondateur d’une organisation évangélique conservatrice Focus on the Family, a déclaré également qu’il ne voterait pas pour McCain s’il était le candidat des républicains : “Je suis convaincu que le sénateur McCain n’est pas un conservateur”. Limbaugh a accusé l’équipe de campagne de McCain d’être « malhonnête », et « d’avoir recours au même genre de tactiques que Hillary Clinton ».

Les attaques de Limbaugh contre McCain ne datent pas d’aujourd’hui. Par le passé, l’animateur a affirmé que McCain, qu’il appelle « Saint John d’Arizona » (l’Etat dont McCain est sénateur), avait « admis que la torture avait marché contre lui » pendant les cinq ans où il a été prisonnier des Vietnamiens, quelque chose que McCain n’a pas dit. Ces affirmations sont intervenues au moment d’un débat sur le torture aux Etats-Unis et alors que McCain répétait que la torture ne permettait pas d’obtenir des renseignements fiables.

La leçon à tirer de tout cela : George W. Bush, qui était haï par une large frange d’Américains, a quand même réussi à se faire réélire en 2004.

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